vendredi, 4 juillet 1919

La question de la démobilisation (suite… en chanson)

Maurice Digo, encaserné à Nancy, assiste à une retraite aux flambeaux sur la place Stanislas, en l’honneur de la fête nationale américaine.

 

Il note dans ses Carnets :

« Le salut au drapeau se déroule dans le calme, mais les premières mesures de la Marseillaise sont accueillis par des sifflets et la foule devient houleuse. Du haut des grilles, on voit s’agiter sous les lumières, le service d’ordre qui est bientôt débordé. La troupe, lentement pressée commence à céder. Les rugissements des gradés, noyés dans le tumulte ne parviennent plus à reformer les alignements. L’Etat-major se décide enfin à quitter le piège de la place.

Reformée tant bien que mal, l’équipe des porte-flambeaux déboîte par la rue des Dominicains derrière la musique du 156e qui lance à pleins cuivres une marche endiablée. Puis la foule, civils et soldats, se porte en bloc dans le même sens, bousculant les barrages, embouteillant les carrefours. Quand la place est vide, le cortège peu à peu s’organise. On commence par crier : La classe ! La classe ! Ensuite s’élève le chant de l’Internationale. La musique n’accompagne pas mais cesse de jouer. Les musiciens chantent. L’Etat-major est impuissant. C’est ordonné et solide. Chacun garde son sang-froid… On crie encore une fois « La classe ! », puis, à travers les rues latérales les groupes se dispersent. La troupe rejoint ses casernes ».

 

Le lendemain, au GQG, le général Buat note dans son Journal :

« Ce matin encore, je reçois un télégramme de Nancy annonçant qu’à la retraite aux flambeaux donnée en l’honneur de l’Independance Day, une manifestation s’est produite ; quatre cents militaires y prirent part en chantant l’Internationale et en poussant des cris de « démobilisation ». Tout porte à croire que les déclarations du Gouvernement qui n’étaient pas encore connues à ce moment vont ramener un peu de calme dans les esprits, mais, encore une fois, il était temps ».